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Avant que ne s’élève le futur Panoptique d’Autun – Musée Rolin, un autre chantier d’envergure s’est déroulé pendant plus d’un an : celui de l’archéologie. Sous la future extension du musée, les équipes de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), en collaboration avec le Service Archéologique de la Ville d’Autun (SAVA), ont exploré près de 2 000 ans d’histoire, révélant un quartier antique d’artisans, les vestiges du rempart du Bas-Empire et de nombreux objets témoignant de l’évolution de la cité jusqu’à l’époque contemporaine.
Un travail scientifique exceptionnel qui permettra de conserver la mémoire d’un patrimoine appelé à disparaître sous le futur bâtiment.
Une étape indispensable avant le chantier
Tout a commencé dès 2020-2021, lorsque le Service Archéologique de la Ville d’Autun a réalisé un diagnostic archéologique sur le site destiné à accueillir l’extension du musée. Cette première campagne avait pour objectif d’évaluer le potentiel du sous-sol avant les travaux. Les archéologues ont alors produit un rapport détaillé mettant en évidence la richesse exceptionnelle des vestiges présents sous l’emprise du futur chantier.
Ce diagnostic a conduit à la prescription d’une vaste fouille préventive confiée à l’INRAP, menée avec la collaboration étroite du SAVA. Car en archéologie, lorsque des vestiges ne peuvent être conservés en place, on les sauvegarde par l’étude. Plans, relevés topographiques, photographies, dessins, analyses scientifiques et prélèvements permettent ainsi d’enregistrer avec une très grande précision toutes les informations avant que le chantier ne transforme définitivement le site.
Six mètres d’histoire sous les pieds des archéologues
Les fouilles se sont concentrées sur l’emplacement du futur sous-sol du Panoptique. Au terme de plus d’une année de recherches, les archéologues ont exploré près de six mètres de stratigraphie, c’est-à-dire la superposition des différentes couches archéologiques accumulées au fil des siècles. Chaque couche correspond à une période d’occupation et constitue une véritable page de l’histoire de la ville.
À Autun, cette stratigraphie est particulièrement remarquable puisqu’elle couvre une période allant du Ier siècle après J.-C. jusqu’au XIXe siècle, sans interruption majeure. Une telle épaisseur est rare. Dans de nombreux secteurs de la ville, les occupations anciennes ont disparu ou les couches archéologiques sont beaucoup moins développées. Ici, au contraire, le recouvrement – c’est-à-dire l’accumulation progressive de nouvelles couches de terrain au-dessus des occupations anciennes – a permis de préserver une succession exceptionnelle de vestiges.
Cette fouille offre ainsi une véritable lecture de l’évolution d’Augustodunum au fil des siècles.
Un quartier d’artisans métallurgistes de l’époque romaine
Les niveaux les plus anciens ont révélé un visage encore méconnu de ce secteur situé au cœur de la ville antique. Les archéologues ont mis au jour un quartier d’artisans métallurgistes, occupé entre les Ier et IIIe siècles de notre ère.
Sur place, plusieurs indices témoignent d’une intense activité de travail du métal : une importante couche charbonneuse correspondant probablement à une zone de fusion du bronze, de nombreux fragments de creusets – ces récipients en terre réfractaire servant à faire fondre le métal avant son coulage –, ainsi que des traces d’ateliers spécialisés dans la forge du fer et la fabrication d’objets en bronze. Parmi les découvertes figure notamment un stylet en bronze, utilisé dans l’Antiquité pour écrire sur des tablettes de cire.
Ces vestiges apportent un éclairage inédit sur l’activité économique qui animait autrefois ce quartier d’Augustodunum.
Le chantier monumental du rempart de la ville haute
L’une des découvertes majeures concerne la fin de l’Empire romain. À partir des IVe et Ve siècles, la ville se réorganise profondément. Face aux bouleversements de l’époque, une nouvelle enceinte est construite afin de protéger un périmètre urbain plus restreint : la future ville haute.
Les archéologues savaient que ce rempart passait à proximité du chantier, mais les observations anciennes restaient très fragmentaires. Les fouilles ont permis de retrouver les fondations de cette enceinte ainsi qu’un important stock de blocs antiques en remploi. Ces pierres, prélevées dans d’anciens monuments romains démantelés ailleurs dans la ville, étaient destinées à la construction du rempart. Les chercheurs pensent également avoir identifié les traces d’une palissade de chantier servant à délimiter l’espace de construction ou les terrains réquisitionnés pour ces importants travaux publics.
Avant l’édification de cette nouvelle muraille, tout le quartier artisanal antique a été arasé afin de permettre la réalisation de l’ouvrage.
Des vestiges médiévaux jusqu’à l’époque moderne
L’histoire ne s’arrête pas à l’Antiquité. Les fouilles ont également livré plusieurs objets datant du Moyen Âge, parmi lesquels une cornière de meuble en bronze ainsi qu’une monnaie d’argent aux écus du duc de Bourgogne, frappée au XVe siècle. Autant d’indices qui permettent de mieux comprendre la vie quotidienne des habitants au fil des siècles.
Les archéologues ont aussi découvert plusieurs éléments en bois de chêne remarquablement conservés. Ceux-ci feront l’objet d’une étude par dendrochronologie, une méthode de datation fondée sur l’analyse des cernes de croissance du bois. Cette technique offre une précision exceptionnelle, permettant parfois de déterminer l’année, voire la saison d’abattage d’un arbre, bien plus précisément que les méthodes de datation fondées sur la céramique.
Une contribution majeure à la connaissance d’Autun
Au-delà des découvertes spectaculaires, cette fouille constitue une opportunité scientifique rare. Le secteur concerné, situé dans le cœur historique d’Autun, avait jusqu’à présent été relativement peu exploré, faute d’importants travaux d’aménagement. Cette fenêtre ouverte sur six mètres d’histoire permet désormais de mieux comprendre l’évolution de la ville, depuis sa fondation par les Romains après le transfert de la capitale des Éduens de Bibracte à Augustodunum, jusqu’à ses transformations médiévales et modernes. Les données recueillies viendront enrichir durablement les connaissances sur l’histoire d’Autun et alimenteront les futures recherches archéologiques.
Avant de laisser place au nouveau Panoptique, les archéologues auront ainsi accompli leur mission : préserver, par la science et l’étude, un patrimoine enfoui depuis près de deux millénaires. Une contribution essentielle à un projet culturel appelé à faire découvrir aux visiteurs, demain, les richesses visibles… mais aussi invisibles… du sous-sol autunois.