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Même si le Panoptique d’Autun – Musée Rolin n’ouvrira ses portes qu’à l’horizon 2028, ce nouveau musée fait d’ores et déjà beaucoup parler de lui. Focus sur ce projet hors normes qui a émergé il y a plusieurs années et dont les gros travaux commencent ce printemps.
Une volonté d’agrandir le musée Rolin
Ouvert dans les années 1950 dans l’ancien hôtel de Nicolas Rolin à la suite d’une donation de la Société Éduenne – qui joue toujours le rôle d’une association des amis du Musée en plus d’être une société savante –, le musée Rolin expose de nombreuses œuvres majeures du patrimoine, ce qui en fait l’un des établissements culturels les plus riches de Bourgogne-Franche-Comté. Depuis plusieurs années cependant, il ne répondait plus aux normes de qualité d’accueil attendues par un musée (difficultés d’accessibilité, scénographie à l’ancienne, parcours visiteurs complexe). De plus, le bâtiment était « plein à craquer », explique Agathe Legros, directrice des musées à la Ville d’Autun, « il fallait plus de place pour montrer plus de choses ». Un projet d’extension qui a aussi rapidement vu se poser les premières questions de faisabilité, avec des premières pistes lancées du côté du site du Chapitre sous le mandat de Marcel Lucotte.
Au début des années 2000, la prison circulaire, jusque-là propriété privée, s’est trouvée en vente. Une aubaine pour la commune d’Autun qui s’est portée acquéreur de ce bâtiment. De même, à la suite de la fermeture par l’État du Tribunal sous le mandat de Rémy Rebeyrotte, le palais de justice d’Autun a été rétrocédé à la Ville ce qui a permis de « former une emprise foncière très homogène », indique Jean-Baptiste Rezvoy, ingénieur d’État détaché la Ville d’Autun et chef de projet du Panoptique. Dès lors, le projet d’extension du musée Rolin s’est repositionné de manière naturelle autour des hôtels Rolin et Lacomme, de la prison et du palais de justice.
Le Panoptique d’Autun – musée Rolin
2018-2019 : études de programmation et concours
Avant de lancer les travaux, un projet culturel et scientifique (PSC) a dû être établi par la ville pour son futur musée, complété par des études de plus en plus précises. Ainsi, le « programme » est un document-clé qui définit la manière dont les collections seront présentées au public : « il s’agissait de passer d’un dictionnaire où l’on veut tout dire à une présentation sous forme de récit », continue la directrice des musées. C’est ce programme qui a notamment fait naître l’idée de la surélévation de la prison panoptique avec un étage supplémentaire et qui a envisagé l’ouverture du musée sur la ville.
Après avoir validé auprès de l’État le soutien de principe à un projet de près de 30 millions d’euros, le maire Vincent Chauvet a pu lancer officiellement le concours pour sélectionner l’équipe d’architectes en 2019. Sur 65 candidats au départ, quatre ont été retenus pour présenter un projet détaillé pour le futur musée d’Autun. C’est finalement le groupement Atelier Novembre qui a été sélectionné à l’unanimité des membres du jury puis du conseil municipal. « Le projet d’Atelier Novembre, bien que résolument moderne, est intemporel : il respecte les bâtiments historiques et l’environnement patrimonial du musée, au pied de la cathédrale qui se dresse là depuis plus de 900 ans. Les architectes ont pris le parti d’enterrer les nouveaux espaces, ce qui complique nécessairement la construction mais ne dénature pas ce quartier sauvegardé. Finalement, l’ajout le plus visible sera le nouvel étage couronnant la prison circulaire, mais qui était prévu dans les plans d’origine de l’édifice et qui jouera un rôle de conservation du bâtiment », a déclaré Vincent Chauvet.
2019-2024 : études techniques et mise en réserve des collections
Avant d’entamer les travaux de gros œuvre, des études du bâti ont été nécessaires : en effet, la prison circulaire est classée aux Monuments historiques. Ce travail préliminaire a notamment permis d’ajuster certains éléments du programme préétabli (nature de la surélévation, plans et détails des vitrines, ouvertures, etc). Le futur Panoptique se veut être « un musée très ouvert, proposant une promenade urbaine autour de la prison. L’audace du projet, c’est le sous-sol qui relie les trois bâtiments et propose un parcours de visite fluide et continu », présente Agathe Legros.
Par ailleurs, d’autres études ont été effectuées afin de conforter le travail des architectes : études patrimoniales des enduits et des graffitis de la prison, études acoustiques, géotechniques, hydrologiques, diagnostics des charpentes, de mérule, de radon… Une étape absolument nécessaire dans la mesure où le travail en sous-sol et en site bâti est important.
« Côté musée, il a fallu se mettre en ordre de marche », raconte Agathe Legros. « Il n’était pas possible de faire les travaux tout en poursuivant l’activité du musée » qui a en conséquence fermé ses portes fin 2022. Les équipes ont dû déménager les quelques 15 000 œuvres de l’établissement : « Aujourd’hui, il n’y a plus aucun œuvre au musée Rolin », poursuit la directrice des musées.

2025-2028 : le chantier du Panoptique
La dernière phase de chantier commence début avril 2025 pour une livraison du Panoptique prévue en 2028. Le Panoptique d’Autun – Musée Rolin sera « un musée au cœur de la ville », explique Agathe Legros. Il s’agit de « redérouler l’histoire de ces monuments dans la grande histoire de la ville d’Autun et faire le lien entre histoire et patrimoine de la ville et du musée ». La surface de l’établissement sera très sensiblement augmentée, ce qui permettra d’exposer plus d’œuvres (des peintures grands formats, des chapiteaux de la ville antique…). « Des œuvres emblématiques vont arriver, un choix mesuré d’œuvres avec un effort de présentation facilitant la circulation et l’accessibilité », explique Agathe Legros. « Le discours sera tourné vers la transmission et la médiation ».
La prison circulaire sera ainsi conservée de manière quasi intacte et présentera le patrimoine de la ville de l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne. Une grande séquence sera consacrée aux beaux-arts, et un café-boutique se trouvera à l’issue du parcours des visiteurs. Le palais de justice, quant à lui, sera à la fois un espace dédié aux expositions temporaires, un centre de documentation, et un espace pour l’administration du musée. Les halles d’Hallencourt ont également intégré le projet pour accueillir les ateliers scolaires.
Une réflexion a aussi été menée autour du nouveau nom du musée. Suite à de nombreuses consultations, sondages et discussions, c’est finalement le terme « Panoptique » qui a été choisi, en référence à l’architecture de la prison théorisée par le philosophe Jeremy Bentham et étudiée par Michel Foucault, et qui signifie « tout voir », allusion également à la présentation de l’ensemble de l’histoire autunoise de l’Antiquité à nos jours. Là, « toutes les collections se déploient, on met le visiteur au centre de l’histoire », indique la directrice des musées de la Ville d’Autun.
Le projet du Panoptique d’Autun – musée Rolin implique de nombreux partenaires financiers : l’État, la Région Bourgogne-Franche-Comté, le Département, les fonds européens gérés par le Parc naturel du Morvan, qui assurent ensemble 80% du coût du projet, soit le maximum atteignable. Des partenaires très forts qui ont tout de suite été associés à la genèse du projet et ont conforté chaque étape du chantier. Des partenaires scientifiques sont également en soutien depuis la phase concours, voire avant, en particulier Bibracte dont le directeur, Vincent Guichard, est le président du Conseil scientifique du futur musée. « C’est un projet au temps long au vu de la complexité des travaux et du nombre importants d’acteurs engagés, mais qui montre aussi la capacité de la Ville d’Autun à mener au long cours ces partenariats exigeants », conclut Jean-Baptiste Rezvoy, chef de projet Panoptique.








