Archéologie : sous les murs du musée Rolin…

Archéologie : sous les murs du musée Rolin…

Temps de lecture : 3 min

Alors que le chantier de fouilles autour de la prison circulaire est achevé depuis le mois de juin, une autre enquête, tout aussi passionnante, est menée dans les bâtiments historiques qui accueilleront le futur complexe muséal du Panoptique d’Autun – Musée Rolin. Depuis 2026, Valérie Viscusi (Inrap) et Antoine Belot (Service Archéologique de la Ville d’Autun), réalisent une vaste étude de bâti des hôtels particuliers Rolin et Lacomme (qui accueillaient le musée Rolin), afin de mieux comprendre leur histoire… et de révéler les nombreuses transformations qu’ils ont connues au fil des siècles. Cette étude complétera les premières observations réalisées par le SAVA lors de la phrase de diagnostic de 2020-2021 et des premiers décroûtages de 2025. Elles s’achèveront en septembre 2026 et laisseront place aux travaux d’aménagement.

Lire l’histoire directement dans les murs

Contrairement aux fouilles archéologiques dites « sédimentaires », qui explorent le sous-sol, l’étude de bâti consiste à observer les élévations des bâtiments. Les archéologues analysent chaque plage de maçonnerie formant les murs, avec leurs pierres, leur mortier et leurs enduits, qui constituent autant de couches archéologiques témoignant des différentes phases d’évolution de l’édifice.

En quelque sorte, ils lisent les bâtiments comme un livre d’histoire : chaque modification, chaque matériau ou chaque ouverture raconte une époque.

L’objectif est de reconstituer, avec la plus grande précision possible, l’histoire de ces deux hôtels particuliers emblématiques, depuis leurs caves jusqu’à leurs charpentes. Pour cette mission, Clarisse Couderc (Inrap) est venue renforcer l’équipe afin de mener notamment l’étude des charpentes anciennes.

Une histoire bien plus ancienne que les hôtels particuliers

Les recherches historiques montrent déjà que les hôtels Rolin et Lacomme, construits à la fin du Moyen Âge, reposent en grande partie sur des bâtiments plus anciens.

À cet emplacement se trouvait, dès le XIIIè siècle, un quartier d’habitation. Mais les découvertes vont encore plus loin : les archéologues ont identifié les vestiges d’un édifice encore antérieur, connu dans les textes sous le nom de « Donjon ».

Cette grande demeure, acquise par Jean Rolin, père du futur chancelier Nicolas Rolin, serait vraisemblablement antérieure au XIIIè siècle et remonterait peut-être au début du Moyen Âge classique, voire au cours du Haut Moyen Âge. Sa datation et sa morphologie restent encore en partie méconnues, mais l’étude de bâti devrait permettre d’en préciser l’organisation, sa période de construction, ses remaniements et son intégration dans le bâti plus récent.

Au début du XVè siècle, Nicolas Rolin entreprend d’importants travaux. Il rachète plusieurs maisons voisines afin de construire le prestigieux hôtel particulier qui porte aujourd’hui son nom. Les bâtiments médiévaux sont alors presque entièrement démolis, à l’exception de leurs caves, intégrées au nouvel ensemble.

Un patrimoine transformé au fil des siècles

Les observations révèlent également que les deux hôtels ont connu de nombreuses campagnes de travaux aux XVIIIè, XIXè et XXè siècles, modifiant progressivement leur aspect. Jusqu’à présent, ces transformations restaient relativement mal connues. Il était en effet difficile de mener une étude approfondie lorsque les bâtiments étaient encore occupés par le musée Rolin.

Le chantier du Panoptique offre aujourd’hui une occasion unique : l’hôtel Lacomme et quelques portions de murs de l’hôtel Rolin ayant été entièrement mis à nu à l’intérieur, les archéologues peuvent enfin observer leur « squelette » et réaliser des relevés complets sur l’ensemble des niveaux, des sous-sols jusqu’aux combles.

Ces recherches sont menées en étroite collaboration avec les architectes du projet du Panoptique d’Autun – Musée Rolin. Elles permettent d’apporter une connaissance très fine des bâtiments avant leur transformation et d’adapter les futurs aménagements en tenant compte de leur histoire.

Au-delà de leur intérêt scientifique, ces travaux enrichissent considérablement la connaissance du patrimoine autunois. Chaque mur étudié, chaque maçonnerie analysée ou chaque vestige identifié apporte une nouvelle pièce au puzzle de l’histoire d’Autun, depuis les premières demeures médiévales jusqu’au futur musée qui fera dialoguer, dans un même lieu, près de deux mille ans de patrimoine.